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Le portrait de la semaine

Joëlle Rolland, lit dans les vestiges du passé, en particulier dans les bracelets en verre de l’époque celtique. L’archéologue présente actuellement le fruit de son travail dans une exposition tout en contraste au MuséoParc Alésia.

La fabrique d’Histoire

Je dois avouer une chose : je serais sans doute encore à écouter Joëlle Rolland me parler de bracelets en verre sous l’ère gauloise si je ne devais terminer cet article pour vous permettre d’en apprécier les reliefs en temps et en heure. Car discuter avec Joëlle Rolland, c’est un peu entrer dans une sorte de machine à remonter le temps, bercé par la musicalité de sa voix et le récit romancé de ses aventures. Joëlle Rolland n’est pas exploratrice, encore moins conteuse… elle raconte pourtant l’Histoire comme personne. 

Grâce aux objets que l’archéologue étudie sous toutes les coutures, et surtout grâce à sa façon de les faire parler, cette chercheuse de 31 ans vous plonge dans un retour vers le passé grandeur nature. 

Conteuse 

Son dada à elle, ce sont les bracelets en verre, ceux fabriqués sous l’ère celtique. Voilà dix ans qu’elle travaille sur le sujet, son thème de thèse, dont elle présente en ce moment les conclusions à travers une remarquable exposition au MuséoParc Alésia. « C’est presque comme mettre un point final à toutes ces années de recherches et ce, de manière tout à fait exceptionnelle », apprécie Joëlle Rolland. Le musée, qui retrace l’histoire de la bataille d’Alésia entre Romains et Gaulois en 52 avant Jésus-Christ, constitue en effet un écrin de choix pour mettre en lumière ses découvertes. Pour comprendre son cheminement, Joëlle Rolland déroule le fil à l’envers et vous transporte en l’an -1.600 avant que vous n’ayez le temps de vous en rendre compte. Dans une approche complètement vulgarisée, elle narre le fruit de son travail telle une conteuse d’histoires. Il est question de Mésopotamie, d’Égyptiens, de verre soufflé, d’importation par bateaux, de naufrages même… L’éclairage de Joëlle Rolland pourrait se contenter de la preuve scientifique et du travail technique qui l’a accompagnée. Il n’en n’est rien. Dans une exposition à son image, pleine de contrastes, Joëlle Rolland fait parler les matières et redonne vie aux objets. Elle raconte une histoire, vivante, moderne, prenante, ludique même, à mille lieux de ce que l’on pourrait attendre d’une telle présentation. 

Bling Bling Bling Gaulois  

Dans un espace à l’esthétique délicate et aux motifs géométriques, à contre-courant de l’image un peu rustre du Gaulois, le verre coloré, scintillant, sonore, s’apprivoise, se regarde, se touche même et plus étonnant, s’écoute. « À l’époque, se parer de verre signifie montrer son rang : c’est un marqueur de richesse, le bling bling gaulois en quelque sorte. Il faut que cela se voit et s’entende », raconte la conceptrice de l’exposition. Dans un aller-retour permanent entre les époques, Joëlle Rolland parle de cette matière qu’elle affectionne et qui la conduit au-delà du simple processus de recherches scientifiques. « Pour recréer ces bracelets, il a fallu mener un travail d’ethnoarchéologie pour reproduire des techniques qu’on ne connaissait pas », s’anime l’archéologue. « Regardez celui-ci : les artisans ont mis un an pour apprendre à le faire parfaitement rond et équilibré », s’anime la chercheuse. 

  • 1988
    Naissance, le 7 juillet à Soisy-sous- Montmorency (Val d’Oise). 
  • 1995
    Construit sa première maison néolithique à l’école. 
  • 2006
    Découverte de son premier chantier de fouilles archéologiques. 
  • 2010
    Début de son master et de ses travaux de recherches sur l’artisanat du verre dans le monde celtique. 
  • 2019
    Monte sa première exposition #blingbling.

Créer du savoir dans l’idée de permettre aux gens de comprendre qui ils sont et leur donner envie d’être curieux : voilà ce qui a motivé les recherches de l’archéologue, approfondies par un minutieux travail d’expérimentation aux côtés d’artisans verriers. « Ce que j’aime, c’est montrer aussi au public que l’on ne sait pas tout. Et poser des images à destination du futur ». 

Cette aventure d’une décennie, vécue aux côtés de nombreux partenaires, Joëlle Roland ne la soupçonnait sans doute pas quand elle a choisi de devenir archéologue. « J’avais sept ans, j’étais en CE1 ou en CE2 et j’ai construit ma première maison néolithique à l’école primaire, se rappelle la trentenaire. Ma toute première approche de l’archéologie. Cette idée ne m’a jamais quittée ». 

Originaire du Val d’Oise, Joëlle Rolland s’essaie quelques années plus tard à un premier travail de fouilles près de chez elle, sur un chantier de vestige gaulois. Son premier exercice de recherches lors de ses études porte déjà sur des bracelets, ceux de Bobigny. Un thème inépuisable qui la conduit actuellement en République Tchèque, à l’institut d’archéologie de Prague. Grâce à une bourse de la fondation scientifique Fyssen, elle continue de remonter le temps, écrivant aussi sa propre histoire et Joëlle Rolland se focalise désormais sur les ateliers de production de verres celtiques tchèques, pour comprendre la place des artisans dans la société de l’époque. « Le verre, souffle-t-elle est un matériau qui a encore beaucoup de choses à nous dire ». Assurément, il n’est pas le seul.

Émeline Durand