IdentifiantMot de passe

Bonjour,
Le groupe de presse économique ForumEco rassemble un ensemble de journaux hebdomadaires régionaux habilités à publier les annonces légales
Nos services
Nous Contacter !

  • Abonnez-vous
  • Appels d'offres par e-mail
  • Alerte Annonces légales

Le portrait de la semaine

Aurore Marette-Philippe Spailier. Ils ont abandonné des carrières toutes tracées pour se lancer dans le théâtre humoristique, la production de spectacles ou la gestion de tournées d’artistes. Un travail de « romains », parfois ingrat, mais qu’ils n’échangeraient pour rien au monde.

La petit fabrique de l’humour

Le 7 juin prochain, la salle du Cèdre, à Chenô v e , accueillera l’humoriste belge Alex Vizorek pour son spectacle Alex Vizorek est une oeuvre d’art. Celui qui est aussi membre de l’équipe délicieusement foutraque de Par Jupiter !émission quotidienne de France Inter, devrait nous faire passer une belle soirée, que l’on devra, en grande partie, à Aurore Marette et Philippe Spailier. Ces deux Cheneveliers font vivre EntreScènes, une société de diffusion et de production de spectacles, créée par Aurore il y a près de neuf ans. Faire venir une personnalité relativement bien connue sur le plan médiatique telle qu’Alex Visorek est déjà une victoire en soi, mais cette réalité flatteuse dit peu de choses de la difficulté que représente, au quotidien, le fait de tenter de vivre du spectacle, en accrochant à cela de vraies convictions, une volonté de qualité qui ne s’accorde pas toujours avec les impératifs de rentabilité. 

C’est d’autant plus vrai qu’Aurore Marette et Philippe Spailier sont venus à cette activité en abandonnant des situations professionnelles et sociales qui avaient de quoi leur assurer le plus grand des conforts. La venue d’Alex Visorek marquera aussi le point final de la deuxième saison des Instants Disjonctés, merveilleux mélange d’humour et d’improvisation mis sur pied par le duo et qui a colonisé le théâtre dijonnais de la Fontaine d’Ouche, accueillant ponctuellement quelques belles têtes d’affiche, telles que Cécile Giroud ou Antonia de Rendinger. « En fait,précise Aurore, c’est Philippe qui a eu l’idée des Instants Disjonctés, c’est lui qui les finance et moi, je suis venue l’aider pour trouver des contacts, en lien avec mon activité au sein d’EntreScènes. J’ai eu la possibilité de présenter Alex Vizorek à Philippe, de présenter un belge à un autre belge ! ». « Oui, mais il est Bruxellois, intervient Philippe Spailier, alors que moi je suis né près de Liège. C’est un peu comme présenter un Parisien à un Marseillais !... ». 

Entrée par le bénévolat 

On voit par là qu’humour et géopolitique ne sont jamais très éloignés en Belgique, mais revenons à nos moutons : Aurore Marette, qui, en 2006 était commerciale et vendait de l’éclairage public, en est venue à se frotter aux métiers de la scène, à Strasbourg. Elle était alors bénévole pour un théâtre d’humour nommé le Kafteur, devenu, depuis l’Espace K. « On y recevait des artistes qui restaient une dizaine de jours à jouer leurs spectacles. Ça m’a permis de rencontrer de nombreuses personnes, à l’époque pas très connues, dont Alex Vizorek, mais aussi Frédérick Sigrist ». Bien que bénévole au Kafteur, Aurore s’implique de plus en plus dans le fonctionnement du lieu, allant jusqu’à en devenir la présidente. 

Elle y reste pendant près de six ans avant d’entamer une reconversion professionnelle. Elle reprend des études, fait un master 2 Entrepreneuriat PME au sein de l’université alsacienne, avec le projet de devenir consultante en marketing. Elle effectue un stage dans une entreprise de Saverne où elle travaille dans les biotechnologies. Un stage qui se passe si bien que l’entreprise lui propose de l’embaucher. « C’est là que le déclic s’est produit pour moi, confie-t-elle. J’ai réalisé que je n’avais pas du tout envie de faire ça ! En parallèle, j’étais en relation avec deux comédiens humoristes que je trouvais hyper talentueux et que personne n’accompagnait, Antonia de Rendiger et Yannick Vabre et c’est là que j’ai eu envie d’accompagner ces artistes et d’en faire mon métier ». Ce virage, Aurore l’a donc pris, il y a maintenant huit ans et demi et, à titre d’exemple, Antonia de Rendinger tourne actuellement partout en France avec un spectacle intitulé Moi jeu ! Et c’est par le biais d’Antonia qu’Aurore et Philippe se sont rencontrés. Philippe Spailier faisait déjà à l’époque des spectacles d’improvisation, en français, mais aussi en anglais et allemand. « J’ai eu, à cette période de ma vie, explique-til, une approche de l’improvisation théâtrale qui m’a beaucoup plu, assez éloignée de ce qu’on entend habituellement en France par “théâtre d’improvisation”, un peu perçu comme un art mineur, réservé à des amateurs. J’avais envie de développer autre chose, et Antonia était aussi sur cette ligne. Elle m’a demandé de donner un coup de main à Aurore, qui débutait alors dans la production de spectacles. En se rencontrant, on a très vite compris qu’on avait des parcours similaires, que nous n’étions pas destinés à ces métiers, elle plutôt dans les coulisses et moi plutôt sur scène ». Rapidement, des complémentarités leur apparaissent comme évidentes, qui deviennent aussi un projet de vie. Philippe Spailier développe petit à petit des spectacles d’improvisation sur Dijon avec son compère Sylvain Fabri. 

Gestion de projet 

  • 1969 
    Naisance de Philippe Spailier, le 27 septembre, à Verviers (est de la Belgique).
  • 1978
    Naissance d’Aurore Marette, le 19 décembre à Pithiviers (Loiret).
  • 1997
    Philippe Spailier s’installe à Dijon.
  • 2001
    Il quitte l’industrie métallurgique pour laquelle il travaillait.
  • 2006
    Aurore Marette vit à Strasbourg, mène une carrière de commerciale et, en parallèle, s’investit comme bénévole dans un théâtre d’humour.
  • 2011
    Aurore décide de s’investir professionnellement dans l’accompagnement d’artistes.
  • 2018
    Création des Instants Disjonctés.
  • 2019
    Spectacle d’Alex Visorek le 7 juin au Cèdre, à Chenôve.

Pourtant, lui non plus ne partait pas sur les rails des métiers du spectacle : il a longtemps travaillé dans une usine métallurgique, filiale de Métal Déployé, basée en Côte-d’Or, à Montbard. Il y officiait en tant que cadre commercial export. « J’ai passé quatre années vraiment chouettes dans cet univers, souligne-t-il, mais autre chose me titillait, en matière d’accomplissement personnel. J’avais envie de faire de la gestion de projet et c’est précisément ce que j’accomplis aujourd’hui, dans le spectacle. Ce que j’ai perdu, à l’époque en niveau de vie, je l’ai assez rapidement regagné en qualité de vie. Attention, je ne renie absolument pas ce que j’ai fait, mais je suis simplement plus en phase avec mes aspirations ». Lorsqu’il a fait ce choix, tout le monde a pris Philippe Spailier pour un fou. Il se souvient d’un de ses amis lui offrant un paquet de pâtes en lui disant « le jour où ça n’ira vraiment pas économiquement, tu ouvriras ce paquet pour manger ». Quelques années plus tard, il lui a rendu le paquet : il n’avait pas eu à l’ouvrir... D’autant plus que, tout en vivant du théâtre, il a gardé un lien fort avec le monde économique, proposant, justement, du théâtre d’entreprise, permettant d’illustrer certaines problématiques. 

« La compréhension des logiques économiques, poursuit Philippe, que j’ai pu acquérir en faisant HEC à Liège, ou pour Aurore, au sein d’une école de commerce à Blois, nous ont amenés à nous confronter à des sujets auxquels on ne connaissait pas grand chose au départ. C’est aussi ce qui a fait qu’Aurore et moi, nous nous sommes vite compris, dans la conception que nous nous faisions de ce métier ». Tous deux travaillent aujourd’hui dans une activité extrêmement cyclique, où les spectacles tournent puis ne tournent plus, et ne génèrent plus de rentrées d’argent, alors qu’il faut, en parallèle, poursuivre des investissements pour permettre à d’autres productions d’exister. 

« Dans le spectacle, il faut créer en permanence, conclut Aurore. Sinon, on meurt... », « Il nous arrive de nous demander pourquoi nous continuons, renchérit Philippe, mais la réponse est simple : c’est difficile d’arrêter ».

Berty Robert