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Le portrait de la semaine

Maria-Pascaline Naudin. La comédienne, metteur en scène et auteur troyenne et Christian Brendel, son mari, ont redonné vie à un théâtre abandonné des années 1930, baptisé Le Quai.

Le théâtre est sa maison

Maria-Pascaline Naudin a été très tôt attirée par le théâtre. « J’ai eu la chance inouïe d’avoir une maman qui nous faisait dire nos leçons d’une manière particulière, très mise en scène. Elle nous encourageait en outre à faire des spectacles, on invitait des amis et la famille, qui nous applaudissaient. Tout cela était réalisé avec des bouts de ficelle, le chat pouvant incarner un tigre, par exemple… Nous avons été élevés comme ça. Et ça laisse des traces, c’est de sa faute », explique-t-elle en riant. D’une manière générale, « c’est grâce à une grande liberté de lecture » qu’elle a pu très tôt se nourrir des textes de grands auteurs. Pendant les vacances, elle avait notamment le loisir de lire sans se soumettre aux contraintes de la vie quotidienne, avec par exemple « l’autorisation de ne pas passer à table ». « Maman écrivait et peignait. Et elle nous encourageait également à peindre. Et à près de 90 ans, elle n’a pas tellement changé », souligne-t-elle. 

Puis, son envie de passer d’une scène de salon, ou de garage, à quelque chose qui allait lui apporter des sensations plus infinies, l’a rapidement incitée à se préparer à avoir un autre public. 

Après avoir lu beaucoup de romans, elle a tout de suite compris que c’est l’appel des auteurs qui allait lui donner des clés : « J’avais besoin d’auteurs. Le théâtre nous emmène sur les chemins de la vie, nous ouvre à la rencontre d’autres univers », développe la passionnée. Elle deviendra ainsi élève en section théâtre du conservatoire de Troyes, pendant quatre ans. 

Avec en poche un Bac L, elle sera admise à l’Ensatt, l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, hébergée alors à Paris et plus connue sous le nom de l’École de la rue Blanche. Elle aurait voulu faire également des études de philo. Mais comme elle aurait été affectée à Reims, elle abandonnera l’idée… 

Retour à Troyes  

C’est à l’âge de vingt ans, sur les bancs de l’École de la rue Blanche, qu’elle rencontre Christian Brendel, futur acteur - il incarnera notamment Charlemagne à la télévision en 1994 – et metteur en scène. William, leur premier enfant naîtra en 1980. « Il a suivi partout le parcours de ses très jeunes parents. Et dormait dans les loges », se souvient l’artiste passionnée. Lorsque la petite famille rejoint Troyes, Maria-Pascaline est enceinte de leur deuxième enfant, Avril. « Notre révolutionnaire est né à Troyes fin 1989, s’amuse-t-elle. Pour Christian, il n’était pas question d’élever nos enfants dans le béton. Moi, je ne serais pas revenue. Mais c’est un choix que je ne regrette pas…. Même si cela a changé le cours de ma vie en tant que comédienne ». 

À son arrivée à Troyes, sa ville natale, c’est le hasard d’une rencontre de la vie quotidienne qui la mettra en contact avec l’acteur Michael Lonsdale. Il cherchait alors une comédienne pour le rôle principal de Bernard de Claivaux, un spectacle de Daniel Facérias et Gilles Tinayre qu’il a mis en scène en 1990, à l’initiative du ministère de la Culture et des moines de Cîteaux, sur le site historique de Claivaux, dans la commune de Ville-sous-la-Ferté. « Cela a été une merveilleuse aventure, regroupant 200 bénévoles et sept professionnels sur une surface de 30 hectares, achetés pour ce spectacle. Entre les répétitions à Bar-sur-Aube, où je me rendais avec mon bébé, d’avril à juin, et les représentations sur le site du spectacle en juillet et août, nous étions investis durant cinq mois. Et ce, pendant cinq ans, de 1990 à 1995. Cela a représenté cinq années de bonheur », se souvient la dynamique Troyenne, à qui ce spectacle a permis de retrouver des liens et de se plonger dans un milieu social qu’elle avait quitté pendant les seize ans où elle a vécu à Paris. 

Depuis 1995, elle est la marraine de Scènoblique, - un festival de théâtre de trois jours se préparant sur une année, où interviennent 30 metteurs en scène et 150 comédiens - qui lui a permis de connaître toutes les compagnies. Et qui leur permet aussi de se connaître entre elles. « Mon engagement vis à vis de ce festival est du domaine de l’affectif. On y rencontre de jeunes comédiens et on vieillit avec les autres. C’est une grosse lessiveuse formidable ». Autour du festival scènoblique, a aussi été créé le prix de la Madeleine du concours de l’Appel aux auteurs, qui rencontre un retour tant national que des pays francophones. Un prix qu’a notamment remporté Maria-Pascaline Naudin en tant qu’auteur, avec « Banc public ». Elle a écrit deux autres pièces, dont « le plaisir du chocolat » et « Gaud », adaptée du « Pêcheur d’Islande » de Pierre Loti. 

Depuis dix ans, elle travaille en tant que metteur en scène, intermittente du spectacle. Elle a d’abord été hébergée par la compagnie Bafdusca, qui est parisienne, qui avait ouvert un espace création amateurs et professionnels. Cette compagnie était locataire de la galerie associative l’Arrivage, à Troyes. 

Création du théâtre Le Quai 

  • 1956
    Naissance à Troyes. 
  • 1977
    Entre à l’Ensatt, l’école nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, à Paris. Rencontre Christian Brendel. 
  • 1980
    Naissance de leur premier enfant, William. 
  • 1989
    Retour à Troyes. Naissance de leur deuxième fils, Avril. 
  • 2019
    Inauguration du Théâtre Le Quai, le 25 avril.

Maria-Pascaline Naudin et Christian Brendel ont ensuite créé la compagnie professionnelle Les Trois Scènes. Alors qu’ils cherchaient un lieu à Troyes depuis longtemps, ils ont concrétisé leur projet en février 2018, via l’achat par une SCI de l’ancien patronage Saint-Nicolas, un chef-d’oeuvre Art déco, datant des années 30, idéalement situé au centre- ville de Troyes, près de la gare. Un an de travaux – auxquels Christian Brendel, notamment, a consacré beaucoup de temps et d’énergie - auront été nécessaires pour le réhabiliter. 

Baptisé « Théâtre Le Quai », le lieu, dont l’inauguration est programmée pour le 25 avril 2019, a été rénové dans les règles de l’art. C’est le cas des vitraux par exemple, qui, refaits à l’identique, en verre monumental, laissent entrer une douce lumière jaune. « Cela fait partie de la signature de la salle, tout comme les rideaux modulables, les portes qui se déplient, les vasques des années 30 », se félicite Maria-Pascaline Naudin, après avoir fait visiter le balcon, équipés de 44 sièges d’époque, qu’elle a elle-même poncés. 

Le Quai – avec une vraie scène et une salle modulable de 100 places - permettra d’accueillir la programmation théâtrale de la Compagnie Les Trois Scènes tout en étant ouvert aux autres compagnies et associations, quel que soit le domaine artistique. Il est également équipé pour l’organisation de séminaires d’entreprise et d’événementiels, car rien ne manque : ni l’emplacement pour le camion réfrigéré du traiteur, ni la cuisine équipée, ni la salle de réunion, ni le cheminement pour les fauteuils roulants. Christian Brendel et Maria-Pascaline Naudin ont en outre développé un programme innovant, issu des techniques théâtrales pour améliorer la communication au sein des entreprises, en mettant en valeur le potentiel de chacun. « Nous voulons être disponibles pour ouvrir les portes de ce lieu à toutes les associations, notamment celles qui s’occupent de la surdité et des autres handicaps ».

Nadine Champenois