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Le portrait de la semaine

Stéphanie Autha. Descendante d'une dynastie qui règne sur la blanchisserie Bargues à Montauban depuis plus d'un siècle, elle a abandonné le monde de la finance internationale pour reprendre l'entreprise familiale.

Family business

Le chiffre d’affaires de la blanchisserie Bargues a progressé de 15,5% en 2017, pour s'établir à 2,6 M€. Cette année, l'évolution devrait être la même pour cette société implantée à Montauban qui blanchit, nettoie et repasse le linge d'établissements hôteliers, de restaurateurs ou d'industries depuis 1920. Une croissance impressionnante qui fait rêver, dans un pays où la morosité économique a tendance à être la norme. Derrière ces chiffres, il y a un couple d'entrepreneurs, Julien et Stéphanie Autha, qui ont su projeter l'entreprise dans le troisième millénaire. Ils ont investi 5 M€ depuis 2016 pour déménager la société et repenser le processus de production. Ces gros bosseurs, passionnés par leur boîte, misent sur la qualité du travail, l'écologie et le bien-être des salariés. « On aime travailler dans la bonne humeur », résume la jeune chef d'entreprise. Un choix payant, puisque les clients viennent presque d'eux mêmes : la blanchisserie Bargues ne compte aucun commercial. 

Une équipe de choc pour un beau projet qui aurait très bien pu ne pas voir le jour. Car il y a une dizaine d'années, lorsque Thierry Bargues, le père de Stéphanie, ressent l'envie d'arrêter, et demande à sa fille et à son gendre de prendre la main, la réponse ne fut d'abord pas très enthousiaste. « Je ne voulais pas au début, reconnaît-elle. Ce n'était pas ce que nous avions prévu. » Stéphanie, née à Montauban en 1983, a grandi dans l'entreprise familiale et y a travaillé tous les étés quand elle était étudiante. Elle est attachée à la blanchisserie, mais pas au point d'en faire son métier. Ce qui lui plaît, ce sont les chiffres. «À la base, je suis attirée par l'analyse financière. Ma mère était médecin et mon père chef d'entreprise, j'ai vu mes parents indépendants, cela m'a donné envie. Je voulais faire du trading. » Après un master en finance de l'université Paris-Dauphine, obtenu en 2004, Stéphanie commence à travailler pour BNP-Paribas. « La finance est un monde qui bouge tout le temps, qui est en perpétuelle évolution. Et le trading vous donne beaucoup d'adrénaline. » Julien Autha, également originaire du Tarn-et- Garonne, travaille comme auditeur. Vers la fin des années 2000, le couple se projette à l'étranger, et envisage un déménagement aux États-Unis. «On devait partir à New York pour nos carrières respectives quand mon père nous a demandé de reprendre l'entreprise parce qu'il voulait arrêter. » Le challenge intéresse Julien, d'autant que c'est une occasion pour se rapprocher de la famille. En 2008, le couple quitte Paris et revient dans le Sud. 

  • 1983
    Naissance à Montauban 
  • 2004
    Obtient un master en finance à l'université Paris-Dauphine, puis commence à travailler dans le trading pour BNP Paribas 
  • 2008
    Retour à Montauban. Son mari intègre la blanchisserie Bargues. Stéphanie continue à travailler pour la BNP
  • 2012
    Stéphanie devient gérante d'une agence bancaire 
  • 2016
    Elle intègre l'entreprise familiale et rejoint son mari. Ils rachètent la société et se partagent la direction 
  • 2017
    Le couple investit 5 M€ pour acquérir de nouveaux locaux et moderniser l'appareil de production. 
  • 2019
    Julien et Stéphanie Autha mettront à nouveau 1 M€ dans la blanchisserie pour acquérir de nouveaux outils.

La fille de Thierry Bargues s'est peut-être laissée convaincre par son mari de s'installer à Montauban, mais elle ne souhaite toujours pas travailler à la blanchisserie. Elle continue d'oeuvrer pour la BNP et s'occupe d'analyser les comptes de grandes entreprises du Sud-Ouest. « Entre 2012 et 2014 j'ai changé de poste, parce que je m'ennuyais. » Elle gère alors une agence bancaire, mais cela ne la passionne pas non plus. Finalement, c'est l'entreprise familiale qui va lui donner l'occasion de prendre du plaisir avec un gros projet. L'idée est de racheter la société avec son mari et de la transformer. Le challenge est de taille, et les inconnues nombreuses, même en dehors du facteur économique. Par exemple, le fait de travailler avec Julien au jour le jour: «on appréhendait pas mal. Mais on s'occupe chacun de notre partie, ça se passe bien et finalement, on se voit! Parce qu'on a toujours beaucoup travaillé, là au moins on se croise. Après, c'est sûr que l'on parle encore de l'entreprise une fois à la maison. » Lui s'occupe de la partie production, et elle de l'administratif et des finances. Ils se partagent l'aspect commercial. Autre élément humain d'importance, Stéphanie doit devenir la patronne de salariés qu'elle tutoie pour certains et qui la connaissent depuis toujours. Mais là aussi la transition se passe bien. 

En 2016, Julien et Stéphanie rachètent la société et début 2017, c'est la révolution. Le couple monte un dossier de financement et l'entreprise met 4 M€ sur la table, pour un déménagement dans des locaux trois fois plus grands et la refonte totale du système de production. « Une société qui ne se développe pas est une société morte », assure Stéphanie Autha. Les nouvelles machines et les outils flambant neufs sont pensés pour permettre une croissance importante de l'activité de l'entreprise, limiter fortement la consommation d'énergie mais aussi d'eau, et réduire la pénibilité du travail des employés, qui ont été associés à la transformation de la blanchisserie. « La méthodologie du travail a évolué du tout au tout. Le changement a été accompagné par la médecine du travail et on a associé les salariés aux plans de la future usine. Avant le déménagement, tout le monde savait à quoi s'attendre, sur quoi ils allaient travailler. Avec Julien, on a beaucoup réfléchi sur le bien-être personnel au travail. On y passe notre vie, si les salariés ne sont pas bien, ils ne seront pas productifs. Chez nous, la moitié des employés a une médaille du Travail. » 

Autre ingrédient qui explique la réussite du projet, la qualité du service proposé par la blanchisserie Bargues. «Ce qui nous intéresse, c'est de bien faire notre métier, précise Julien Autha. On s'applique: on a construit notre structure pour se mettre au diapason avec les nouvelles normes : on a une zone aseptique, on désinfecte tous nos chariots, on réalise des tests bactériologiques très régulièrement.» Les idées innovantes et la méthode de Stéphanie et Julien Autha fonctionnent bien, les chiffres parlent pour eux. Ils poursuivent leurs efforts et l'accompagnement de la croissance: 1 M€ va être investi en début d'année 2019 pour suivre le développement de l'activité, et faire l'acquisition d'un train de repassage. Le cap est fixé: « On veut continuer de se développer en gardant l'esprit familial », conclut Stéphanie.

Alexandre Wibart